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Avant la course, deux questions m'avaient été posées par une amie :

1 - "Comment peut-on courir aussi vite et aussi longtemps ?"

Comment peut-on aller si vite aussi longtemps... Ce n'est pas difficile de répondre : l'entrainement, tout simplement. Quand tu cours pour la première fois de ta vie, ça te paraît extrêmement difficile de tenir 20 minutes. Mais avec la répétition régulière de ce type d'effort, le corps s'habitue, les muscles, le cœur, prennent du volume et l'endurance se développe au fil du temps.

2- "Comment peut-on avoir envie de courir si longtemps ?"

C'est vrai que ce sport est austère et peu ludique. Mais premièrement, on ne souffre pas pendant toute la course sur marathon. Ça peut certes être vraiment horrible la dernière heure, mais avant ça va, c'est même agréable, vue l'ambiance et le cadre. Ensuite, comme je viens de le dire, avec l'entrainement, on est habitué. Ce qui motive le marathonien, c'est d'une part le défi, car même pour un habitué, c'est toujours un défi, et d'autre part le fait l'objectif : faire mieux, s'améliorer, se dépasser et même, en cas de défaillance, la volonté de se battre jusqu'au bout, de ne rien lâcher. C'est un sport pour lequel il faut avoir beaucoup de volonté et de suite dans les idées. Enfin il y a aussi la fête, l'événement : participer, en être, est en soi une satisfaction presque indépendante de l'aspect sportif. Je suis d'ailleurs toujours épaté par l'énergie dont certains sont capables juste pour déconner. Ici c'est carrément extrême : un marathon, c'est déjà éprouvant, mais se l'infliger en tirant une barrique de pinard ou déguisé en pikachu ! Depuis que je participe à ce genre d'épreuve, j'ai croisé des gens échasses, des bagnards, des mecs déguisés en Tour Eiffel, un char romain, et puis l'éternel garçon de café avec son plateau... Franchement, même si je ne ne suis pas sûr que le jeu en vaille la chandelle, ça mérite un coup de chapeau !

Il faut vraiment un marathon pour que je me lève à 6h 30 un dimanche matin. C’est d’ailleurs en général ma grosse angoisse de la veille : non pas le stress de la course, mais la peur de ne pas arriver à me lever et de rater le départ. Crainte fondée, d’ailleurs, puisqu’en fait je me suis levé à 6h45, et ce quart d’heure m’a manqué jusqu’au départ, vu que j’ai dû me présenter sur la ligne vers 8h44, soit une minute avant le coup de pistolet !

Le départ d'une course est toujours un grand moment, même lorsque c'est juste les 10 km de Trifouillis-les-Oies. Alors imaginez-vous dans cette gigantesque marée humaine de 40 000 paires de jambes, avenue des Champs Elysées. Moi je suis toujours au bord des larmes dans ces moments-là. C'est aussi le moment de la dernière motivation, où on va chercher le maximum de ses forces, tout au fond de sa détermination. C'est pour ça que la musique d'ambiance joue un rôle assez important. Je me souviens du départ d'un 20 km de Paris avec I'm outta love d'Anastacia, où on avait l'impression que toute la foule sautillait au son du morceau, comme si le pont d'Iena se mettait en marche. Pour ce Marathon de Paris 2010, c'était I gotta feeling, des Black Eyed Peas, un très bon choix quoi qu'on puisse en penser musicalement.

So… Let's do it !!!

 

Ma grande préoccupation durant les 15 jours précédant la course, c’était mon genou droit, enveloppé, anti-inflammatoirisé, résillé… A tel point que je me demandais même si je pourrais terminer le premier kilomètre !! Et bien réponse : oui, je l’ai terminé, ce dernier kilomètre, et même les 41,2 autres !

J’avais fixé trois objectifs :

-  L’objectif bas : finir. D’ordinaire, on dit plutôt crever que d’abandonner, et c’est vrai que ce serait un déchirement voire même une honte que de renoncer. Lors de mes deux premières participations, en 2004 et 2005, je me suis blessé deux fois (une fois avant, une fois pendant), mais j’ai toujours terminé, même en boitant pendant 30 bornes, mais sait-on jamais…

-         Objectif moyen : finir en moins de 4 heures. Que ceux qui font ce temps-là et plus veuillent bien me pardonner, mais faire plus que 4 heures serait pour une énorme déception. Ayant un record à 3 heures 27, j’estime que je me dois d’avoir quelques exigences envers moi-même, même si ma préparation a été catastrophique cette (aucun entraînement en février pour cause de blessures et pas non plus ces 15 derniers jours)

-         Objectif haut : finir en 3 heures 45 voire moins : c’est sur ces bases que je suis parti. Avec un temps de 3 heures 46 l’an dernier (mais un objectif de 3 heures 25 et une préparation complète), j’espérais faire dans ces eaux-là.

Alors verdict ? 3 heures 54. Les deux premiers objectifs sont atteints.

Sitôt que je me suis mis à courir, j’ai constaté d’abord que le genou n’était pas douloureux (alors que j’avais eu mal dans les couloirs du métro pour venir !) et que ça devrait tenir. Ensuite, à l’allure des meneurs d’allure violets (5’20 au kilomètre) m’a presque parue trop lente, sans forcer j’arrivais à faire du 5’10, voire 5’ et même du 4’50. Et je me voyais bien faire un temps de 3 heures 40 voire 39 ou 38. De plus le temps était radieux, presque pas de vent… Ma douleur au genou (condyle interne vraisemblablement), j’ai réussi à la maîtriser en me rendant compte que je n’avais pas mal lorsque je courrais sur le dévers à gauche de la route. A droite : mal, à gauche : pas mal !! Alors j’ai peut-être parcouru plus que 42, 195 km, mais au moins le genou m’a fichu la paix. Vers le 25e km, c’est l’arrière de la cuisse gauche (risque de crampe) et le haut du tendon d’Achille gauche qui m’ont inquiété. J’ai donc dû jongler et répartir l’effort alternativement sur la jambe droite puis la gauche et ainsi de suite pour calmer tout à tour… ça a tenu !

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« Sois sage ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille », ce vers de Baudelaire m’a bien trotté dans la tête, et résume bien ce qu’est la gestion d’un marathon. Mais ce que je n’avais pas prévu, c’était… la fringale mêlée à la fatigue. Peu sujet à l’hypoglycémie même en cyclisme, mon ancien sport, j’ai payé ici quelques tracas perso les précédents jours qui m’avaient un peu coupé l’appétit, et globalement une alimentation avant la course un peu déficiente. Pendant la course je n’ai sauté aucun ravito, mais peut-être me suis-je trop concentré sur l’eau, par peur des crampes (comme à Vannes en 2008) et pas assez sur le solide… Mais bon pas trop de regret, car avec la fatigue et la saturation envers le sucré, sur la fin je n’arrivais plus à avaler quoi que ce soit. C’est pour ça que vers le 35e kilomètre, je me suis fait doubler par les meneurs d’allure des 3 heures 45 que j’avais pourtant laissés pas loin de 5 minutes derrière… Au 39e kilomètre, j’ai même dû marcher une centaine de mètre tellement je n’avais plus d’énergie. Plus rien ! Quelques sucres et raisins et surtout beaucoup de volonté et de courage m’ont permis de finir (en courant). Mais au-delà deça, je pense aussi que malgré un énorme mois de mars, ma préparation, handicapée par le froid puis une douleur à l'épaule, n'avait pas été suffisante.

A l’arrivée, malgré ce temps décevant (mais franchement pas honteux compte tenu des conditions de préparation), j’étais super content. Un marathon, c’est toujours une aventure, je n’en serai jamais blasé. J’aurai toujours les larmes aux yeux au départ et à l’arrivée. Comme je l’écrivais précédemment, c’est une montagne toujours un peu trop haute qu’on est tellement fier d’avoir gravi, même quand c’est la 7e fois !

Vivement le prochain !!!!!!!!

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