Pour un coureur à pied, dès le début de saison, l'objectif est à peu près toujours le même : le marathon. Le préparer, le réussir. Mais cette année, j'ai un double objectif : certes, le marathon, mais aussi (voire surtout) : la Solirun'.

Pourquoi faire de cette course caritative dans le Bois de Boulogne un objectif ? Car depuis que j'ai repris la course à pied en 2014, je veux essayer de battre mon record sur 10 km. Depuis un an, je m'en suis approché à moins d'une minute. Ça n'a l'air de rien, une minute, mais sur 10 000 m c'est beaucoup, plus de 200m. Je voudrais profiter de la préparation marathon pour battre ce record personnel, et la Solirun', c'est trois semaines avant le Marathon de Paris, moment où je suis censé être en pleine bourre…

Donc m'y voilà. Moins en retard que l'an dernier, avec une beau soleil d'hiver mais du froid, tellement froid que je en sais pas comment m'habiller. J'opte pour un skeet orange à manches longues, même pas de course à pied. J'aurais dû mettre un simple maillot.

Arrivé en avance, je m'échauffe du mieux possible dans le froid pour arriver le plus chaud possible sur la ligne de départ. Et c'est parti. Je m'élance à l'allure à laquelle je suis censé partir pour taper ce putain de record. Oh je ne cherche pas un temps de ouf, simplement le battre d'une seconde, ça m'irait très bien. Le souci c'est que c'est vite, comme allure. Très vite. Au bout de deux kilomètres, je sens déjà que ça va être compliqué de tenir à cette allure-là et par conséquent de faire une minute de moins qu'en janvier. Je m'accroche. Au bout de 4 km environ, je me retrouve avec 4 ou 5 mecs avec qui on ne se quittera plus, à quelques mètres près, jusqu'à la fin. Parmi eux un "sans dossard", dont je ne me souviens plus le prénom, un grand type pas tout jeune, me parle, et se met à m'encourager, et le fera jusqu'à la fin. Soutien psychologique pas négligeable. Il voit que je m'accroche comme un dingue. A partir de la mi-course, j'ai la bave aux lèvres, le cardio au max, le corps douloureux, la respiration saturée. Mais Je m'accroche toujours. 6e, 7e… après tout, il reste 3 bornes, environ 13 minutes. C'est quoi, 13 minutes de souffrance comparé à des semaines de fierté ? 8e, 9e, putain mais que c'est dur d'être à bloc, j'en peux plus. J'EN PEUX PLUS !! Je ne regarde même plus ma montre lorsqu'elle vibre à chaque kilomètre parcouru. Bon, au 9e kilomètre, je regarde quand même : Yes ! Si je ne faiblis pas dans les derniers 500m en très légère montée, je devrais battre ce record. Je sais pas de combien, mais ça devrait passer. J'essaie même d'accélérer encore (je me rendrais compte plus tard que mon cœur a passé les 190 pulsations). Je vois le portique, putain j'ai mal mais plus pour longtemps. Je passe la ligne, j'arrête le chrono sans le regarder…. C'est bon !!! Et de beaucoup, record pulvérisé de 47 secondes ! J'ai fait 1'30 de moins qu'il y a 2 mois. C'est inattendu, inespéré. Battre encore un record personnel à mon âge. Le précédent datait de 2004 ! Ce chrono-là, putain je suis allé le chercher de la même façon que j'allais chercher mes performances quand j'étais cycliste : tout dans la souffrance. Serrer les dents et tenir, tenir encore.

Bon, et bien voilà, mon travail de cardio en salle a super bien porté ses fruits. Je suis ravi, content, heureux. Ma saison est, quoi qu'il arrive ensuite, réussie. Je peux regarder le Marathon de Paris sereinement.