Panneau Marathon

Le temps passe… très vite.

Un jour on se dit "oh, j'aimerais bien faire ce truc !". On regarde sur internet, on se documente, on salive, on rêve, et au final, on ne le fait jamais : c'est compliqué, ça coûte un peu cher, on n'a personne pour venir avec soi, ou plus simplement une espèce d'inertie, de blocage qui fait qu'on se dit "on verra plus tard, j'ai bien le temps".

Je ne sais pas si vous, vous êtes comme ça, mais moi j'ai souvent fait ça, notamment en course à pied. (Un peu trop) satisfait de mes petites courses en région parisienne et du Marathon de Paris tous les ans, je n'ai jamais cherché véritablement à faire dans l'exotisme. Et puis entre 2011 à 2013, j'ai mis de côté la course notamment à cause d'une voûte plantaire désagréable… C'est long, 3 ans et demi. J'ai fini par reprendre… ce fut laborieux mais je suis né à nouveau sportivement. Toujours avec des bobos un peu partout et un dos tout de travers, quelques années de plus aussi (et des records personnels un peu difficiles à égaler) mais avec une fervente envie, si ce n'est de rattraper le temps, tout du moins de ne plus le laisser filer sans rien faire.

Déjà, pourquoi m'en tenir à un seul marathon par an ? Ok, ça a un coût d'aller gambader hors de l'Île-de-France, mais se créer de chouettes souvenirs n'est-il pas le plus beau des placements bancaires ? Personne pour venir avec moi ? Et bien qu'à cela ne tienne, ya qu'à les inviter, les accompagnateurs, c'est pas comme si je n'avais ni famille ni amis. C'est compliqué ? Ouais, bon, un peu, mais c'est pas le débarquement de Normandie non plus, faut pas déconner.

C'est juste après le marathon de Rennes, fin octobre 2014, que je me suis fermement dit que ce serait pour 2015. Déjà, Rennes, c'était un premier pas. J'ai donc réfléchi au Marathon mythique que je voulais faire. Si jamais la vie devait s'arrêter, qu'au moins ça, ça soit fait. L'évidence s'est donc révélée assez vite : ce serait Athènes, le 8 novembre 2015.

Athènes aréopage

 Est-il vraiment nécessaire que j'explique pourquoi ? Que je reparle de Phlipidès en -490, des Perses qui tentèrent de percer, du berceau de l'Olympisme ? Je me contenterai de rappeler que le départ du Marathon d'Athènes se fait à Marathon. En fait, c'est le marathon de Marathon ! Rien que ça, ça me paraît incontournable.

Bon je passe sur ma saison 2015, les courses, le marathon de Paris digne mais décevant, les bobos, j'ai déjà raconté tout ça précédemment.

Pour participer à cette course, il faut faire des trucs dont j'ai pas l'habitude : réserver des billets d'avion pour 3, un hôtel bien placé, comprendre comme diantre on fait pour rejoindre en tram le centre sportif de Phalère (là où on doit retirer son dossard) à l'aide de plans de la ville en grec, et puis aussi un genou qui se rigidifie dès qu'on lui demande d'intensifier la cadence et qu'il faut soigner.

Pas simple mais c'est pas non comme si je devais atterrir sur mars, et j'avoue que ça m'a bien occupé à partir de la fin août. Et vous savez quoi ? Toute la logistique s'est passée comme sur des roulettes.

 

 Athènes, j'y ai séjourné durant un voyage scolaire quand j'avais 14 ans. J'en ai quelques souvenirs et quelques photos. Je me revois à l'aéroport, me retournant vers la citée hellène lançant un théâtral et immature "je reviendrai !", soupçonnant moi-même que je ne disais ça que pour le plaisir de le dire. Et 24 ans et demi plus tard, m'y revoilà. Temps splendide, chaud, on se croirait en été. Ville ultra polluée, narines bouchées en permanence, des difficultés à respirer. Bruyante, infestée de bagnoles. Mais ambiance et décors vraiment dépaysants, par contre. Bon, je dois reconnaitre que Plaka et ses alentours, c'est un peu un parc d'attraction à touristes.

Blog de jb-lecarnet : Le Carnet de JB, Marathon d'Athènes, 8 novembre 2015

Athènes n'est pas comme Paris où les merveilles touristiques sont disséminées un peu partout d'un bout à l'autre de la ville. Non, ici, tout est concentré dans un petit périmètre. On y loge tous, à Plaka, et on va tous dans les mêmes endroits. Il y a des vestiges antiques partout, des chats, des restos devant lesquels la retape devient à force exaspérante, des boutiques de babioles de merde pour touristes assumant d'être des touristes. Mais aussi une douceur de vivre, une douceur de vacances qui transporte hors du temps. Et puis l'Acropole et les vestiges tout autour, c'est quand même un sacré truc. Ce qui est marrant, c'est que les pourtours du Parthénon ont beau être blindés de monde, on a tout de même l'impression d'y être tout seul. 

Parthénon arrière

Ça vaut aussi le coup de se faire les deux principaux musées de la ville. Certes on se bouffe de la statuaire, mais, ça vaut le coup (mais je viens juste de le dire dans la phrase précédente).

Statues de l'érechthéion

 

Bon et le marathon dans tout ça ?

 

 Blog de jb-lecarnet : Le Carnet de JB, Marathon d'Athènes, 8 novembre 2015

Ultime stress : les bus qui emmènent tous ces joyeux masochistes pédestres à Marathon, bourgade par définition située à une quarantaine de bornes de la capitale grecque, partent tôt. TRES tôt. Genre faut se lever à 4h et demi. Exactement le truc facile pour moi qui arrive fréquemment au boulot le matin avec tellement de retard que c'est vraiment la honte. Mais comme être un marathonien c'est être un homme de défi, et bien tu sais quoi, lecteur ? A 4h30 pétantes j'avais les yeux ouverts, et quelques minutes plus tard j'étais fin prêt dans mon beau maillot bleu marine des Girondins de Bordeaux (il faut bien que je me dévoue pour faire honneur à ce maillot, vu que les joueurs en ce moment n'ont pas l'air très motivés pour ça). 

Blog de jb-lecarnet : Le Carnet de JB, Marathon d'Athènes, 8 novembre 2015

Un gros petit déj (le patron de l'hôtel a été sympa et à avancé l'heure des petit dej' pour satisfaire ses pensionnaires sportifs) et hop, dans la navette. Au passage : on pourra dire tout ce qu'on voudra des grecs, des méditerranéens, tout ça tout ça, et moi-même je n'ai rien contre un bon vieux cliché de temps en temps, mais l'organisation est impeccable. Les bus défilent, convoient les coureurs sans aucun souci, c'est un vrai ballet parfaitement rodé.

Navettes pour Marathon

Arrivé à Marathon, bon, ben, Marathon… ça ne ressemble à rien, d'autant qu'on a doit attendre (longtemps) le départ dans un gros stade, le genre stade municipal de petite ville de province. Vive l'Ipod et les sacs plastiques pour se réchauffer (vue l'heure matinale).

 

Stade de Marathon

Et puis vient un moment où fatalement le départ est donné, au son d'une chanson variétoche grecque plutôt sympa.

 

J'ai eu du mal à réaliser, à ce moment là, que je prenais le départ du Marathon d'Athènes, le n°1 sur ma "to run list" depuis pas loin de 10 ans. Je crois que j'ai toujours pas bien réalisé d'ailleurs. En fait, je pense que le sentiment qui a prédominé à ce moment là c'était le soulagement que tout ce soit passé comme prévu. Le soulagement d'être là, que rien n'ait merdé.

Quand on s'élance pour un marathon, ou pour n'importe quelle course, d'ailleurs, on ne sait jamais vraiment comment on va se sentir ni même si on va vraiment arriver à courir. Cette année, à Paris, j'ai senti au bout d'à peine 1 km que ça allait être très compliqué. Ici, dès le départ j'ai senti fameuses "bonnes jambes". J'ai constaté que sans effort je courrais à ma meilleure "allure marathon", sans forcer, même un peu plus vite. Je savais hélas (et hellas) que vu le dénivelé de ouf, il ne fallait pas compter taper un temps de folie, et que déjà finir sous les 4h serait un exploit.

Sur le bord de la route, dans les agglomérations, les grecs avaient fait l'effort de venir nous applaudir, de nous encourager (enfin je crois, vu que c'était en grec et que j'ai rien compris, si ça se trouve ils nous traitaient de gros cons ! lol) en nous tendant des petites branches de laurier. J'en ai récupéré une que j'ai gardée précieusement dans ma poche pour la ressortir à l'arrivée (je les avais bien mérités, mes lauriers, je trouve !).

5 km, 10 km, comme une lettre à la poste.

Vers le 12e, je crois, ça se met déjà à monter, une bonne petite bosse, puis d'autres jusqu'au 18e. Les pattes commencent à être un peu plus lourdes, et ce qui est peu rassurant, c'est qu'on sait pertinemment que ça va monter quasiment sans interruption du 18e au 31e !!! Alors c'est pas Marvejols-Mende non plus, mais ça monte, ça monte, ça monte, ça n'en finit plus de monter. Et il fait chaud. J'ai quasiment couru en permanence avec une bouteille à la main. Boire, s'arroser, boire, s'arroser. Ne pas oublier de manger même si ce putain de sucre finit par te filer la gerbe. Au fur et à mesure de la montée, dans un paysage totalement inintéressant (imaginez vous courir le long d'une nationale et traverser des villages insipides voire des zones commerciales… ça y est, vous l'avez en tête ? Et ben voilà, c'est ça), les jambes se durcissent. Moi c'est bizarrement les quadriceps, qui sont pourtant les muscles que j'ai les plus développés. Ils faudra éclaircir ce mystère un jour.

Et au bout de la côte, au 31e, on sait que ça descend, et on caresse l'idée un peu folle que de pouvoir accélérer de nouveau car, évidemment, la belle allure du début de la course s'est substantiellement ralentie. Mais le truc auquel on ne t'attend pas c'est que les quadriceps, quasi rigidifiés par la montée et le kilométrage… la descente, ça ne leur plait pas, mais alors pas du tout ! Résultat, non seulement l'allure, ben on n'arrive pas vraiment à l'augmenter, mais en plus les cuisses ton font trop mal, mais genre… trop mal quoi ! C'est comme courir avec des cuisses en bois (je mets de côté l'ampoule au pied et le corps complètement vidé et la quasi-totalité de ton énergie que tu as laissée dans la côte). A partir de là, on ne regarde plus le chrono, ni l'allure, on reste juste concentré sur les kilomètres restants : plus que 11, plus que 10, plus que 7, plus 5 etc. Moi j'essayais de me raccrocher à des trucs débiles, comme essayer de rattraper un mec que aperçu au loin, regarder se rapprocher un bâtiment. J'ai même essayé vers le 33e de rester au contact d'une jeune femme avec un short rose qui possédait sans conteste le plus joli cul que j'ai jamais vu de ma vie sur une course pédestre (j'aurais du prendre une photo lol)… Mais, mort de fatigue, j'ai du laisser s'éloigner la belle hellène callipyge.

Au 38e km, complètement vidé, je me suis même dit que peut-être je ne recourrai plus de marathon, tellement je n'en pouvais plus (c'est évidemment déjà oublié, ça !). A ce moment là, c'est vraiment la tête qui commande, et rien que la tête. Ton corps n'est qu'une grande douleur mais moi j'ai l'atout voire la chance d'être un mec obstiné et c'est ça qui me fait tenir. Je veux ce truc, je l'aurai, fin de la discussion, et c'est pas mon corps qui commande.

La vraie délivrance d'un marathon, c'est le panneau 41 km. Là les jeux sont fait, c'est le tour d'honneur. D'ailleurs, dans la dernière descente qui conduisait au Stade Olympique, les athéniens étaient venus en masse nous encourager, façon tour de France. J'ai ressorti ma branche de laurier pour la saluer. Devant moi un couple d'argentins tenant leur drapeau, fier d'eux et à juste titre, je passerai la ligne en leur compagnie. Cette dernière ligne droite, je dois avouer que c'était certes le moment de gloire, mais aussi celui du "putain c'est enfin fini, je vais pouvoir arrêter de courir putain de bordel de merde". Un dernier virage et un dernier dos d'âne plus loin, le stade Olympique, avec pas mal de monde. Il parait grand quand on est sur la piste… enfin en tout cas on s'y sent tout petit. Je lève la tête, essayant d'apercevoir ma famille, de regarder le public dans les gradins. Je vois le portique d'arrivée qui m'indique que je suis confortablement sous les 4h (ça m'aurait fait chier de les dépasser, même si le parcours est beaucoup plus dur qu'un marathon normal)… ça y est c'est fait, je suis délivré, je l'ai fait, j'ai bouclé ce putain de 11e marathon, je peux passer la ligne la bras en croix comme pour recevoir la bénédiction que je m'envoie moi-même. Sur cette piste d'athlétisme, dans ce stade plein de monde, j'ai l'impression d'être un héros des JO, alors que je ne suis qu'un parmi tant d'autres, mais peu importe, ça valait tellement la peine de souffrir !... 

Il fait beau, je suis quelque part sur la terre, je viens de finir la course de mes rêves, je suis épuisé, mais tellement vivant. 

Marathon d'Athènes arrivée

 

5 jours plus tard, de retour à Paris, vers 22h30 ma famille m'appelle pour savoir si je vais bien… Oui, je suis chez moi et je vais bien, mais des monstres sont en train de faire un carnage au Bataclan et sur des terrasses… ça fait mal de tomber du haut de son nuage.