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Pour la deuxième année consécutive, l'organisation de mon marathon d'automne aura été… fluctuante. Problèmes et contraintes personnelles, professionnelles, difficultés à trouver une date et une destination (et inversement) ainsi que quelqu'un pour m'accompagner. J'ai donc changé mes plans à peu près toutes les semaines et tour à tour décidé de m'inscrire aux marathons de : Venise, Turin, Saint Sébastien, Bilbao, Francfort, Nice/Cannes, Bruxelles, Lyon, Bruges, Valence, Toulouse, Ravenne avant de me prendre compte, à chaque fois qu'un truc (coût, distance, date, congés, etc.) clochait dans l'organisation. J'ai même quelques temps envisagé l'éventualité selon laquelle… je ne courrai pas de marathon cet automne pour me rabattre plutôt sur des semi… mais ça aurait été triste quand même. J'ai plus ou moins mon record sur semi dans les jambes, mais c'est le marathon qui fait vibrer. Mais comme je ne voulais pas gâcher une bonne préparation, je me suis dit que tant pis, j'allais tout de même choisir une destination que je connaissais déjà : pas trop loin, pas trop chère et à une des seules dates où je pouvais me libérer. La Rochelle mi-novembre ? Oui c'est bien, c'est un parcours roulant pour faire un temps, d'ailleurs c'est là que j'ai réalisé mon meilleur chrono. Problème : l'hébergement, la petite ville est prise d'assaut, plus d'hôtels et des AirBNB  uniquement sur des bateaux ! La nécessité délivrant de l'embarras du choix, plus qu'un seul choix possible : Rennes.

 

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Je ne garde pas (sportivement) un souvenir exceptionnel de l'édition 2014. Parcours pas beau et surtout dénivelé hyper casse-pattes : des faux plats tout le long, c'est usant, usant, usant. Mais je me souvenais aussi du parcours du Marathon de Lausanne, qui bien qu'un peu dans le même genre, m'avait bien réussi.

Ah oui, bon je n'ai pas parlé de mon habitude "pré-marathon" : la douleur inquiétante dans les 15 jours avant. C'est simple : j'ai à chaque fois un truc qui ne va pas. Il y a 3 ans c'était un mal de dos. En avril c'était la rotule, comme souvent. Cette fois ce fut la cuisse droite. Le jeudi précédent je suis allé en urgence chez ma kinée préférée qui a trouvé mes muscles contracturés et me les a passé à l'électricité. Ca plus 3 jours de repos, ça a suffi à peu près. Je me rends compte cependant que ma bonne perf aux 20 km de Paris 15 jours avant n'était pas encore digérée et qu'une bonne semaine de récup' supplémentaire n'aurait pas été en trop. Je vieillis…

Semi membraneux

Donc bon, direction Rennes avec ma pote Véro, ma roue de secours préférée. Après tout c'est chouette d'aller se faire un petit week-end dépaysant. La ville est agréable et jolie, et les filles aussi, les gens accueillants, les hôtels et les restos abondants, et c'est à une heure et demie de Paris.

L'organisation de l'épreuve n'a pas changé, si ce n'est qu'on est fouillés pour entrer au village départ (on vit une période de merde depuis 2015). Tout est fluide, on a des petits cadeaux sympas avec le dossard, et je me rends compte bien plus tard qu'ils utilisent encore l'ancestral système de la puce de chronométrage à attacher sur le lacet : ça fait bien longtemps que je n'avais pas couru de course où la puce n'était pas sur le dossard.

Le lendemain matin, après une bonne cure de pâtes la veille, je me rends quasiment en face de l'hôtel à la gare routière ou attendent les bus qui nous emmènent au départ à Cap Malo. Il fait sombre, je prends le 3e bus que je vois pour ne pas avoir à faire la queue pour monter dans les deux autres et je m'installe. J'ai un poncho du Marathon de Paris, vert fluo, qui ne me fait pas passer inaperçu. Une jeune femme me le fait remarquer puis elle ajoute timidement : "mais là on est dans le bus pour la course féminine"… ah oui, c'est vrai, il n'y a que des nanas dans ce car… Oh putain, sans cette personne, que je remercie chaleureusement, le bus m'emmenait à l'autre bout de la ville et je ratais carrément le départ du Marathon. Ce n'est pas que je veuille me trouver des excuses, mais c'était mal indiqué, ces bus. Je sors en courant et je chope un des derniers à partir : ouf, c'est bon, je suis entouré de marathoniens des deux sexes, je vais bien au départ, je suis sauvé. Il fait encore nuit, on voit Vénus et quelques étoiles difficiles à identifier dans le ciel : il va faire beau (mais qu'est-ce qu'il fait froid !!).

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Une fois à Cap Malo dans le décors bucolique d'un parking de supermarché, il y a toujours une tente chauffée (avec un petit ravito et des chaises) pour que les plus de 1500 participants, contraints d'arriver très tôt (au moins une heure avant le départ) ne se gèlent pas dehors avant le départ (on m'a raconté que c'est le cas à New York, par exemple). Vous aussi, camarades coureurs, ça vous fait ? : avant une course vous avez "envie" plusieurs fois de peur d'avoir envie pendant la course ? L'orga avait prévu des toilettes en nombre suffisant et confortables (halleluia, du papier !), c'est pas toujours le cas. A noter que les organisateurs des courses (et des festivals de musique) ont désormais le bon sens de renoncer à la bien-pensance écolo ridicule qui avait un temps imposé les toilettes sèches un peu partout : dégueulasses puantes et d'un impact nul sur l'environnement, juste destinées à donner bonne conscience à tout le monde.

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Le jour s'est levé, comme dirait un mec qui chante faux, je rejoins le peloton des marathoniens non loin du meneur d'allure qui m'intéresse. Le but n'est pas de le suivre mais plutôt de me retrouver entouré de coureurs qui courent assez vite afin de ne pas perdre trop de temps au départ. On s'élance à la bonne allure, la route est large, il ne fait plus si froid, tout va bien sauf que j'ai la cuisse droite un peu lourde. Je sens que ça va aller mais sait-on jamais… et dans le 2e kilomètre à un moment je sens que l'autre cuisse, la gauche, se raidit, comme un crampe qui arrive. Je ne sais pas comment j'ai fait pour l'éviter ni pourquoi c'est arrivé, mais ça va m'inquiéter une bonne dizaine de kilomètre avant de s'estomper (au-delà d'une certain kilométrage, sur marathon, de toute façon on a mal partout). 

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Les kilomètre s'enchainent vite dans un paysage sans intérêt la plupart du temps. Quelques très rares portions de campagnes un peu jolies en début de course noyées au milieu de zones avec rien à regarder, des hangars, des magasins, des zones pavillonaires, bref, c'est pas la Lozère en terme de paysage. Mais ça aussi je le savais. Côté chrono, je suis toujours mes temps de passage les plus performants mais peu à peu je me rends compte que les faux-plat, ça use plus vite que prévu. Et cette course ce n'est que ça, des faux plats qui succèdent aux faux plats. De la tôle ondulée. Vers le 20e kilomètre, je sens que je n'ai plus grand-chose dans le moteur, plus d'énergie et en plus d'un coup de barre, je prends un petit coup au moral : le super chrono, ce ne sera pas pour cette fois-ci non plus, mais je peux encore accrocher quelque chose de très correct… sauf qu'à partir du 25e, je commence à en douter aussi. Vraiment plus d'énergie, mal aux pattes, et ces petites montées qui n'en finissent pas de se succéder. A ce stade les faux-plat descendants ne permettent même plus vraiment de se reposer, on peut juste limiter la casse en terme de perte de temps. Je me suis demandé après coup si en fait je n'ai pas été en hypoglycémie très tôt. Et déshydraté aussi : c'est bien joli l'alibi écolo (économique oui !) des ravitos dans des gobelets, mais ça pousse à ne pas boire assez (à moins de s'arrêter et de perdre énormément de temps et de laisser refroidir les jambes). J'ai constaté après la course que mon cardio n'avait jamais vraiment été à fond, une dizaine de pulsations en moyenne de moins qu'à Lausanne. En fait il est parfois vain de chercher une explication à une contre-performance : fatigue générale, fatigue nerveuse, fatigue sportive, légère déshydratation, un peu de fringale, parti trop vite, parcours usant, c'est tout un ensemble de choses.

A partir du 25e voire de la mi-course, je me suis trainé, je n'ai pas beaucoup pris de plaisir j'avais franchement hâte que ça se termine et je n'ai pensé qu'à une chose : la médaille et ne pas faire un chrono moindre qu'en 2014, ce qui sera fait pour… 40 secondes !! Bizarrement je ne me suis pas effondré, je n'ai jamais été en perdition, mais j'ai lâché du temps de plus en plus, fatigué, démotivé. Vers le 35e, aux abords de Rennes, une longue, très longue ligne droite, la seule portion du parcours qui soit plate mais avec… le vent de face ! Au 40e, même boire était pénible, j'ai failli vomir à cause d'un verre d'eau, même ça, ça m'écœurait. Je reconnais que les 2 derniers kilomètres dans Rennes sont chouettes : on passe devant le parlement (mais sur un secteur pavé !), puis sur la grande place où se trouvent la mairie et l'opéra, là ça redescend, c'est fini, c'est gagné. Je m'encourage de mon "vamos" habituel, puis je finis par enfin voir le portique d'arrivée. A moins d'être totalement à l'agonie, la sensation d'avoir une nouvelle fois fini un marathon arrive toujours à prendre le pas sur la fatigue et les douleurs. Dans les 50 derniers mètres je vois ma pote qui m'attend et ça me fait chaud au cœur. Je franchi la ligne, libéré/délivré, pfffou, c'est enfin fini cette souffrance. Le chrono ? 16 minutes de plus que mon record, c'est décevant, mais ça n'en fait un chrono honteux non plus (c'est mon 5e meilleur temps ex aequo avec Vannes 2008). Au final je n'en retirerai que du bon.

Car bizarrement c'est un bon souvenir, cette course, dont je n'attendais pas grand-chose, si je suis honnête avec moi-même. Je l'ai un peu faite pour ne pas avoir fait une prépa pour rien, je me suis décidé une semaine avant, je n'avais pas investi grand-chose en terme d'ambition.

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Après la ligne, la médaille (très jolie), un t-shirt mieux coupé et plus joli que celui d'il y a 3 ans, vert et pas aux couleur du drapeau régional cette fois (moi qui ne suis pas breton, je trouve ridicule de porter un maillot représentant un drapeau qui n'est pas le mien, donc il reste dans le placard, celui de 2014, c'est dommage). Et en cadeau on a un sac à dos, ce qui tombe super bien, le mien est HS. Ravito correct (mais rien n'égalera celui des Ardéchois !). Cette année, pour des raisons d'organisation, j'essaie la douche, c'est la première fois que je fais ça sur une course. Les jambes s'étant raidies (rigidifiées même) en se refroidissant, enlever ses vêtements, monter dans la cabine, se rhabiller, remettre ses chaussures prend un tel temps que ma pote a cru que j'avais fait un malaise !

Médaille

 Voili voilou ! Une 16e médaille à ajouter à ma collection. Ce ne sera pas la plus inoubliable, c'est certain, mais malgré le relatif échec sportif de cette journée, je suis satisfait et content de l'avoir fait. A chaque départ de marathon, je remets mon titre de marathonien en jeu, et cette fois encore, j'ai rempli ma mission. Je suis d'ors et déjà inscrit pour Paris en 2018, mais peut-être bien que je tenterai un petit quelque chose avant… si mes genoux, pieds, cuisses, chevilles et autres collaborateurs pédestres veulent bien coopérer.

Et peut-être bien que je reviendrai à Rennes un de ces quatre, j'y passe toujours un charmant week-end de course.