Médailles

 

Si n'importe quel coureur me parlait de faire 2 marathons à 3 semaines d'intervalle, je le lui déconseillerais probablement. Mis à part pour quelques individus dotés de facultés de récupération hors norme, ce n'est pas raisonnable, cette épreuve est trop épuisante. Mais voilà, je me suis fourré moi-même dans cette joyeuse galère en me lançant ce défi à la con, donc maintenant il faut y aller. Je dis "joyeuse" galère, parce qu'au fond, je suis très content. Le marathon, c'est vraiment le truc qui me fait vibrer, auquel je pense plusieurs fois par jour tous les jours de l'année, quoi qu'il arrive. Et pourtant c'est pas ma distance, je n'y suis pas particulièrement bon. Mais c'est comme ça, c'est pas les 10 km du quartier qui vont te faire rêver.

(Presque) aussitôt passée la ligne d'arrivée de Marseille, c'est déjà Paris qui se profile. Comment on prépare ça, déjà, un second marathon 3 semaines après le premier ? Ben de la récup avant tout. En fait je n'ai quasiment pas couru, me reposer était nécessaire car j'étais épuisé autant physiquement que mentalement, mais j'ai réalisé, après la course, que j'avais manqué un peu de fond sur la fin. 3 semaines sans véritable entrainement avaient un peu fait baisser mon endurance et j'ai ramé après le 30e.

Les 3 semaines ont passé vite, même sans beaucoup d'entrainement, et c'est une nouvelle fois par une magnifique matinée ensoleillée que je me retrouve agglutiné avec des dizaines de milliers d'autres coureurs avenue des Champs-Élysées. C'est un jour de grève et certains, venus de loin, se demandent même comment ils vont rentrer chez eux après.

Le plus agréable dans l'histoire, c'est qu'un second marathon couru dans la foulée d'un premier réussi, ça enlève toute pression du résultat. Juste le finir. On finit en marchant s'il le faut. Oui mais bon… je me suis quand même fixé un but : moins de 4 heures. C'est pas un objectif de dingue pour moi, mais quand même, c'est un objectif que je ne suis pas du tout sûr d'atteindre, tant j'ignore comment mon corps réagira face à ce nouvel effort intense si proche du précédent.

Je pars donc sur mes bases habituelles, comme le 21 jours avant. On verra bien. Mais avant tout je me concentre sur l'événement : apprécier le moment, l'ambiance, le cadre. La vie quoi. Le temps est magnifique, Paris est magnifique et je cours à mon allure habituelle sans trop de souci. Les kilomètres passent. Bastille, Vincennes, Daumesnil (la mi-course). Ça commence à tirer un peu. Les quais, les tunnels. Ça va mais ça commence à tirer encore plus. Tour Eiffel, 30 km. Ça devient dur. Je ne regarde plus le chrono sur lequel je commence à constater que l'allure baisse de plus en plus. Peu importe, j'ai tenu mon allure habituelle suffisamment longtemps pour être sûr de passer largement sous les 4 heures. Les 10 derniers km… bah… ce sont les 10 derniers kilomètres, quoi, c'est toujours difficile et long. Mais ça fait en quelque sorte partie de la joie du marathon. La vraie adversité est là. A ce moment-là, tu sens la douleur autour de toi, les autres coureurs souffrent autant que toi et on est tous reliés par une sorte de solidarité dans la souffrance. La fête est toujours belle dans le Bois de Boulogne, mais on a juste hâte que ça se termine, ça contraste avec le passage dans l'autre bois, celui de Vincennes, une vingtaine de bornes plus tôt. Quand il faut tourner à gauche vers la Fondation Vuitton, on se dit "oh, encore un détour !" mais on sait aussi qu'il ne reste plus qu'¼ d'heure de calvaire à ,peu près.

Je dis toujours que le marathon se finit en fait au 41e kilomètre : le dernier, on sait que c'est finit dans quelques minutes, et même si on a les jambes tétanisées, même si on ne pense qu'à une chose, s'arrêter de courir, on sait que c'est dans la poche et qu'un gentil bénévole va bientôt nous passer médaille autour du cou. Ce dernier kilomètre se déroule encore très largement dans le bois de Boulogne, puis, après un dernier rond-point, c'est l'avenue Foche qui apparait, sans qu'on l'aie vue arriver. C'est fini, on voit l'arrivée, on accélère sans le faire exprès, on a beau ne pas être tout seul sur la route, on a tout de même l'impression d'être le seul sur la route de la gloire, on va être marathonien pour la première fois même si on en a déjà bouclé plus d'un. On est surpris d'y être arrivé alors que c'est loin d'être la première fois. La ligne n'est pas encore franchie qu'on regrette presque que ce soit déjà fini (on a instantanément oublié à quel point, une heure avant, on aurait tout donné pour que ça se termine au plus vite).

Après la ligne c'est médaille, T-shirt, ravito, poncho, photos, le tout en boitant à cause des cuisses qui se sont raidies en refroidissant. On a dû se lâcher un paquet d'endorphines car on plane un peu, on se sent héroïque et tellement fier.

Voilà, c'est fait, Paris, assez largement sous les 4 heures, 3 semaines après Marseille. Certes le chrono est beaucoup moins bon mais c'est un détail, c'est un sacré défi que j'ai réussi à relever.

Marseille, Paris… que manque-t-il cette année ? Et bien la 3e métropole… Lyon ! C'est quand déjà ? En octobre ?

Challenge accepted !  ;)