France championne du monde

 

J'étais franchement passé à côté de la Coupe du Monde 98. Le matraquage marketing frénétique des mois avant, une période où je n'étais pas trop foot mais plutôt cyclisme/rugby, une dose d'esprit de contradiction, il faut le reconnaître, et une convocation pour aller faire mes 3 jours reçue mi-juin, voilà les raisons pour lesquelles cet événement ne m'a pas apporté d'émotion. Non moi, ma Coupe du Monde, c'est 2006, le retour du héros Zidane, cette équipe vieillissante qui atteint la finale au terme d'un parcours éreintant (Espagne, Brésil, Portugal, Italie), et ce dénouement surréaliste qui aboutit à une défaite qui a rendu tout le monde inconsolable.

2010, la honte, 2014, moyennasse, je pensais que la France serait pour l'éternité, comme l'Angleterre, l'équipe à une seule étoile, une victoire sur ses terres et puis c'est tout.

En 2016, grosse désillusion en finale de l'Euro, défaite cruelle mais équipe sympathique. Didier Deschamps le meneur d'homme et bâtisseur de groupes, a petit à petit écarté les emmerdeurs et les individualistes pour bâtir une équipe de gars motivés, bosseurs et pour qui le maillot bleu évoque véritablement quelque chose.

Comme tout le monde j'ai été atterré par les matchs de poule, la compo incompréhensible du premier match contre l'Australie et l'apathie générale, le match poussif contre le Pérou, le match soporifique contre les danois… et un style de jeu basé sur la solidité défensive et le contre : pas de raison ni de s'emballer ni d'être particulièrement optimiste. En revanche, des joueurs pas cons et souvent attachants : Giroud, le bogosse givarchien, MBappe le surdoué, Ngolo Kanté le soldat irréprochable, Lloris le capitaine taiseux, Pavard et Hernandez les latéraux surprise, Griezmann la "star next door"…

Et contre toute attente tout s'est emballé en 8e contre l'argentine, match fou où le meilleur joueur du monde s'est fait balayer. Et là malgré les "l'argentine était nulle", on se dit que cette équipe de mecs sympas n'est pas peut-être pas si faiblarde. Un ¼ de finale très maîtrisé contre l'Uruguay et malgré les "Cavani n'était pas là", on se dit que vraiment ça commence à sentir bon. ½ finale, c'est pas rien, conte des belges qui paraissent énormes… et une nouvelle fois un match maîtrisé, hyper solide, où l'on a l'impression que De Bruyne et Hasard pourraient jouer toute la nuit sans arriver à marquer. Et là c'est déjà dingue : les Champs sont envahis par la foule au son de "on est en finale, on est en finale, on est, on est, on est en finale". C'est ouf ! On va la gagner cette Coupe du Monde ! Didier Deschamps est un génie !

Finale conte l'épouvantail du Tournoi, les méconnus Croates avec un Modric qui marche sur l'eau. Je l'ai vécue dans un bar avec des êtres chers et plusieurs dizaine d'inconnus qui, le temps de la partie deviennent nos meilleurs amis. Une ambiance de dingue, un stress de dingue, un match de dingue. On est passés par toutes les phases, du déchainement de joie à l'angoisse la plus intense. Et une victoire 4 – 2. Un truc de fou. Une liesse populaire encore plus gigantesque que celle d'il y a 20 ans.

Pour tous les enfants (et les anciens enfants) qui ont un jour tapé avec plaisir dans un ballon, c'est une immense fierté que ceux qui nous représentent, ceux qui jouent pour nous, à notre place, ait réalisé cet exploit. Contraire à la phrase de Mark Twain, nous savions que c'était impossible mais pas eux. Donc ils l'ont fait !

Je ne pensais pas revoir ça un jour. L'épine restée plantée dans ma gorge en juillet 2006 ne me fait plus mal (même si, comme celle de 1982, elle est toujours là).

Quand tu gagnes le championnat du monde de Hand, ou de rugby, tu es champion du monde de Hand ou de rugby. Quand tu gagnes la coupe du monde de foot, tu es champion du monde… tout court !

Ils sont champions du monde, Nous sommes champions du monde !